5 Indicateurs de morbidité
La morbidité se réfère au fait d’être atteint d’une maladie.
La mesure de morbidité est une construction, un moyen de se représenter de manière simplifiée et tangible un phénomène de santé, qui lui est bien réel et complexe.
La morbidité est multidimensionnelle (morbidité ressentie, diagnostiquée, objectivée, déclarée…). Quelle définition faut-il adopter ? Celle-ci peut varier selon les perspectives cliniques, épidémiologiques, voire même culturelles.
Ainsi, comment mesurer la morbidité ? Par le biais de l’individu ? De son médecin ? D’un paramètre biologique ? Quand est-ce qu’elle commence et quand est-ce qu’elle finit ?
Il existe en pratique deux indicateurs de morbidité : l’incidence et la prévalence.
5.1 Incidence
Un taux d’incidence est un taux (Section 3.1.2) appliqué à la survenue de nouveaux cas d’une maladie dans une population.
\[ \frac {\text{Nombre de nouveaux cas d'une maladie}} {\text{Nombre de personnes à risque de devenir malade}} \text{ sur une période donnée} \]
Puisqu’il s’agit d’une mesure prise sur une période, elle est qualifiée de mesure longitudinale (en longueur, d’un point A à un point B).
Le taux d’incidence est toujours spécifié pour une période donnée. Il reflète la vitesse de survenue d’une maladie dans une population.
Il y a eu 500 nouveaux cas sur les 3 mois.
On considère l’ensemble de la population comme étant à risque sur les 3 mois, soit 100 000 personnes.
Le taux d’incidence était de 500 / 100 000 = 5 cas pour 1000 habitants sur 3 mois.
Durant l’hiver 2023, il y a eu 5 nouveaux cas de Covid pour 1000 habitants.
5.2 Prévalence
La prévalence est la proportion (Section 3.1.1) de personnes atteintes d’une maladie à un instant donné dans une population.
\[ \frac {\text{Nombre de cas d'une maladie}} {\text{Ensemble de la population}} \text{ à un instant donné} \]
La prévalence était de 1150 / 3000 = 0,38
Le 15/03/2024, la prévalence de la toxoplasmose chez les femmes enceintes était de 38%.
Du fait qu’il s’agisse d’une mesure ponctuelle, elle est qualifiée de mesure transversale (à un instant donné, une photographie), en opposition à longitudinale.
Pour qu’une proportion de personnes malades se constitue au sein d’une population, il faut logiquement que de nouveaux cas soient apparus en amont. Autrement dit, la prévalence d’une maladie est dépendante de l’incidence de cette maladie.
La prévalence dépend également de la durée d’évolution de la maladie : plus celle-ci augmente, plus le nombre de personnes vivant avec la maladie augmente dans la population.
5.3 Incidence vs prévalence
La prévalence est un indicateur statique
Elle rend compte de la fréquence d’une maladie à un instant donné
L’incidence est un indicateur dynamique
Elle rend compte de la vitesse à laquelle une maladie survient sur une période donnée
5.3.1 Analogie : la baignoire de l’épidémiologiste
L’incidence, la prévalence et la relation qui existe entre elles peuvent être illustrées avec la baignoire de l’épidémiologiste (Figure 5.1).
Elle est constituée classiquement de 4 éléments :
- Un robinet ouvert
- Un volume d’eau occupant la baignoire
- Une évacuation
- Une évaporation
Le débit d’eau entrant représente les nouveaux cas : c’est l’incidence.
Le volume d’eau constitué représente le proportion de cas dans la population : c’est la prévalence.
L’évacuation symbolise une proportion de cas sortant de la population : c’est la mortalité.
La mort n’est pas la seule manière de ne plus être malade : il y a aussi une possibilité de guérison (ou rémission). Ce dernier élément peut être symbolisé par l’évaporation.
En résumé, il s’agit d’un circuit avec :
- Un débit entrant : l’apparition de nouveaux cas = incidence
- Un volume constitué : le nombre de cas dans la population = prévalence
- Un débit sortant : la mort ou la guérison
Bien que le robinet soit constamment ouvert, la baignoire ne déborde pas. En revanche, s’il y a une limite à la sortie, le niveau d’eau aura tendance à augmenter avec le temps.
5.3.2 Exemple : l’infection à VIH
L’incidence, la prévalence et leur évolution dans le temps peuvent être représentées graphiquement à travers l’exemple de l’infection à VIH.
Source : UNAIDS
L’infection à VIH est pourvoyeuse du SIDA, une maladie pour laquelle il n’y a pas de guérison. D’autre part, les progrès thérapeutiques ont permis à ce que les personnes malades vivent plus longtemps avec leur maladie.
Une maladie pour laquelle la possibilité de guérison est diminuée, et la durée de survie augmentée, est une maladie dont la prévalence augmente. Cette situation est celle des maladies dites chroniques.
De manière générale, avec l’augmentation de l’espérance de vie, la prévalence d’une maladie a tendance à augmenter avec le temps, à l’image d’une baignoire qui se remplirait d’eau.
L’incidence ne suit pas cette tendance. Hors situation particulière, les nouveaux cas d’une maladie apparaissent à une vitesse modérée et constante, à l’image d’un robinet qu’on aurait laissé ouvert.
5.3.3 Facteurs déterminants
Comment auraient tendance à évoluer l’incidence et la prévalence dans les situations suivantes (augmentation, diminution ou stabilité) ?
5.4 Incidence ou prévalence ?

