5  Indicateurs de morbidité

Date de publication

26 février 2026

La morbidité se réfère au fait d’être atteint d’une maladie.

NoteMesurer la morbidité : éléments philosophiques

La mesure de morbidité est une construction, un moyen de se représenter de manière simplifiée et tangible un phénomène de santé, qui lui est bien réel et complexe.

La morbidité est multidimensionnelle (morbidité ressentie, diagnostiquée, objectivée, déclarée…). Quelle définition faut-il adopter ? Celle-ci peut varier selon les perspectives cliniques, épidémiologiques, voire même culturelles.

Ainsi, comment mesurer la morbidité ? Par le biais de l’individu ? De son médecin ? D’un paramètre biologique ? Quand est-ce qu’elle commence et quand est-ce qu’elle finit ?

Il existe en pratique deux indicateurs de morbidité : l’incidence et la prévalence.

5.1 Incidence

Un taux d’incidence est un taux (Section 3.1.2) appliqué à la survenue de nouveaux cas d’une maladie dans une population.

\[ \frac {\text{Nombre de nouveaux cas d'une maladie}} {\text{Nombre de personnes à risque de devenir malade}} \text{ sur une période donnée} \]

Puisqu’il s’agit d’une mesure prise sur une période, elle est qualifiée de mesure longitudinale (en longueur, d’un point A à un point B).

Le taux d’incidence est toujours spécifié pour une période donnée. Il reflète la vitesse de survenue d’une maladie dans une population.

AstuceDans une ville de 100 000 habitants, on observe 500 nouveaux cas de Covid durant l’hiver 2023 (période de 3 mois)

Il y a eu 500 nouveaux cas sur les 3 mois.
On considère l’ensemble de la population comme étant à risque sur les 3 mois, soit 100 000 personnes.

Le taux d’incidence était de 500 / 100 000 = 5 cas pour 1000 habitants sur 3 mois.
Durant l’hiver 2023, il y a eu 5 nouveaux cas de Covid pour 1000 habitants.

5.2 Prévalence

La prévalence est la proportion (Section 3.1.1) de personnes atteintes d’une maladie à un instant donné dans une population.

\[ \frac {\text{Nombre de cas d'une maladie}} {\text{Ensemble de la population}} \text{ à un instant donné} \]

AstuceLors d’une enquête nationale réalisée sur les 3000 femmes enceintes ayant accouché le 15/03/2024, 1150 ont été dépistées positives à la toxoplasmose.

La prévalence était de 1150 / 3000 = 0,38
Le 15/03/2024, la prévalence de la toxoplasmose chez les femmes enceintes était de 38%.

Du fait qu’il s’agisse d’une mesure ponctuelle, elle est qualifiée de mesure transversale (à un instant donné, une photographie), en opposition à longitudinale.

Pour qu’une proportion de personnes malades se constitue au sein d’une population, il faut logiquement que de nouveaux cas soient apparus en amont. Autrement dit, la prévalence d’une maladie est dépendante de l’incidence de cette maladie.

La prévalence dépend également de la durée d’évolution de la maladie : plus celle-ci augmente, plus le nombre de personnes vivant avec la maladie augmente dans la population.

5.3 Incidence vs prévalence

La prévalence est un indicateur statique
Elle rend compte de la fréquence d’une maladie à un instant donné

L’incidence est un indicateur dynamique
Elle rend compte de la vitesse à laquelle une maladie survient sur une période donnée

5.3.1 Analogie : la baignoire de l’épidémiologiste

L’incidence, la prévalence et la relation qui existe entre elles peuvent être illustrées avec la baignoire de l’épidémiologiste (Figure 5.1).

Elle est constituée classiquement de 4 éléments :

  1. Un robinet ouvert
  2. Un volume d’eau occupant la baignoire
  3. Une évacuation
  4. Une évaporation

Le débit d’eau entrant représente les nouveaux cas : c’est l’incidence.

Le volume d’eau constitué représente le proportion de cas dans la population : c’est la prévalence.

L’évacuation symbolise une proportion de cas sortant de la population : c’est la mortalité.

La mort n’est pas la seule manière de ne plus être malade : il y a aussi une possibilité de guérison (ou rémission). Ce dernier élément peut être symbolisé par l’évaporation.

Figure 5.1. La baignoire de l’épidémiologiste

En résumé, il s’agit d’un circuit avec :

  • Un débit entrant : l’apparition de nouveaux cas = incidence
  • Un volume constitué : le nombre de cas dans la population = prévalence
  • Un débit sortant : la mort ou la guérison

Bien que le robinet soit constamment ouvert, la baignoire ne déborde pas. En revanche, s’il y a une limite à la sortie, le niveau d’eau aura tendance à augmenter avec le temps.

5.3.2 Exemple : l’infection à VIH

L’incidence, la prévalence et leur évolution dans le temps peuvent être représentées graphiquement à travers l’exemple de l’infection à VIH.

Figure 5.2. État de l’épidémie de SIDA dans le monde (en millions).
Source : UNAIDS

L’infection à VIH est pourvoyeuse du SIDA, une maladie pour laquelle il n’y a pas de guérison. D’autre part, les progrès thérapeutiques ont permis à ce que les personnes malades vivent plus longtemps avec leur maladie.

Une maladie pour laquelle la possibilité de guérison est diminuée, et la durée de survie augmentée, est une maladie dont la prévalence augmente. Cette situation est celle des maladies dites chroniques.

De manière générale, avec l’augmentation de l’espérance de vie, la prévalence d’une maladie a tendance à augmenter avec le temps, à l’image d’une baignoire qui se remplirait d’eau.

L’incidence ne suit pas cette tendance. Hors situation particulière, les nouveaux cas d’une maladie apparaissent à une vitesse modérée et constante, à l’image d’un robinet qu’on aurait laissé ouvert.

5.3.3 Facteurs déterminants

Comment auraient tendance à évoluer l’incidence et la prévalence dans les situations suivantes (augmentation, diminution ou stabilité) ?

incidence prévalence
Arrow Up Long Arrow Up Long

Si davantage de personnes sont exposées à des facteurs favorisant le développement d’une maladie (e.g., tabagisme pour le cancer du poumon, alimentation riche en graisses saturées pour les maladies cardiovasculaires), l’incidence augmente.

La prévalence est dépendante de l’incidence : elle aura aussi tendance à augmenter, d’autant plus s’il s’agit d’une maladie chronique.

incidence prévalence
Arrow Right Long Arrow Down Long

L’incidence est focalisée sur l’apparition de nouveaux cas et non sur l’évolution de la maladie dans la population : elle n’est pas affectée en cas de guérison plus rapide.

En revanche, la guérison signifie une diminution du nombre de cas dans la population : la prévalence diminue

incidence prévalence
Arrow Right Long Arrow Up Long

L’incidence est focalisée sur l’apparition de nouveaux cas et non sur l’évolution de la maladie dans la population : elle n’est pas affectée en cas d’amélioration de la survie.

En revanche, une amélioration de la survie entraîne une augmentation du nombre de personnes vivant avec la maladie : la prévalence augmente. Cette situation concerne particulièrement les maladies chroniques.

incidence prévalence
Arrow Up Long Arrow Up Long

Des outils diagnostiques plus performants peuvent détecter la maladie chez des personnes chez qui elle n’aurait pas pu être diagnostiquée auparavant : l’incidence augmente.
Cela peut donner l’impression d’une augmentation du nombre de nouveaux cas, alors qu’il s’agit en réalité d’une meilleure identification des cas existants.

La prévalence augmente du fait de l’augmentation de l’incidence, d’autant plus si la maladie est détectée à une stade plus précoce (les malades vivront plus longtemps avec leur diagnostic).

incidence prévalence
Arrow Up Long Arrow Up Long

Une meilleure déclaration permet de capturer un plus grand nombre de cas existants dans la population : l’incidence augmente. Cela peut donner l’impression d’une augmentation du nombre de nouveaux cas, alors qu’il s’agit en réalité d’une meilleure identification des cas existants.

Du fait de l’augmentation de l’incidence, la prévalence augmente

incidence prévalence
Question Question

Un changement de définition de la maladie pourrait aussi bien entraîner une augmentation ou une diminution de l’incidence et de la prévalence, selon qu’elle devient plus large ou plus restrictive.


incidence prévalence
Augmentation des facteurs de risque Arrow Up Long Arrow Up Long
Amélioration de la prise en charge : guérison plus rapide Arrow Right Long Arrow Down Long
Amélioration de la prise en charge : survie plus longue Arrow Right Long Arrow Up Long
Amélioration des méthodes diagnostiques Arrow Up Long Arrow Up Long
Meilleure déclaration Arrow Up Long Arrow Up Long
Changement de définition de la maladie Question Question

5.4 Incidence ou prévalence ?

Nombre de nouveaux évènements parmi les personnes à risque, sur une période donnée : c’est une incidence.

Proportion à un instant donné : c’est une prévalence.



À RETENIR

ImportantDistinguer incidence et prévalence : penser à la baignoire (Figure 5.1)
ImportantLa prévalence est dépendante de l’incidence
ImportantLa prévalence des maladies a tendance à augmenter avec le temps